L’Etat veut injecter des déchets dans les murs d’immeubles

De nouvelles techniques permettent d’épurer les mâchefers pour en faire du béton. Mais il faut modifier des normes fédérales. D’ici là, le Canton cherche un nouveau site pour entreposer les résidus d’ordures incinérées.

Chaque année, le canton se retrouve avec 35’000 tonnes de résidus de déchets incinérés (mâchefers*) sur les bras, dont seulement 12% sont pour l’heure récupérés. Le reste est destiné à être stocké, ce qui ne ravit ni Dame nature, ni les voisins des décharges. Un projet de nouveau site avait d’ailleurs déclenché une vague de protestations, il y a trois ans (cf. encadré). Genève a pourtant une solution d’avenir, a assuré le Conseil d’Etat ce mercredi. De nouvelles technologies permettraient en effet de bien mieux recycler la majorité de ces détritus. 60% d’entre eux, sous forme de sable, pourraient être ainsi suffisamment épurés «pour fabriquer du béton, par exemple, que l’on peut ensuite utiliser pour construire des bâtiments ou des routes», image Daniel Chambaz, directeur général de l’Office cantonal de l’environnement. Cerise sur le gâteau: cette méthode coûte moins cher que le stockage des résidus, selon l’Etat.

Mais il y a un hic. Ce mâchefer épuré ne répond pas aux normes fédérales actuelles. Il faudra donc les modifier. Des discussions sont en cours avec Berne; Genève espère sur une modification de l’ordonnance fédérale sur les déchets dans 5 à 6 ans. D’ici là, il faut trouver une solution pour entreposer des milliers de tonnes de résidus, alors que la décharge de Châtillon, à Bernex (GE), arrivera à saturation le printemps prochain. Pas simple: plusieurs projets ont été gelés en 2018 après une fronde populaire et l’intervention de nombreux députés.

Déchets ici et pas ailleurs

Par ailleurs, «il faut être clair: exporter nos mâchefers hors du canton n’est pas souhaitable en matière de développement durable, et ce n’est ni agréable, ni toujours possible pour nos voisins», a appuyé le président du Conseil d’Etat Antonio Hodgers (Les Verts), également chargé du Territoire. Alors qu’il avait accepté de prendre en charge des mâchefers genevois l’année dernière encore, le Canton de Vaud – en sous-capacité - a dit non pour 2020 et jusqu’à nouvel avis .

De nouveaux contacts ont donc été pris avec les communes et trois sites sont à l’étude: le premier à Versoix, le deuxième à Collex-Bossy et le troisième à Satigny. Le lieu de stockage pourrait être partiellement ou totalement doté d’une couverture végétale. «Pas question d’avoir une colline noire comme à Châtillon», a assuré Antonio Hodgers. Cela dit, «l'identification d'un site ne signifie pas que cette option sera privilégiée», assure le Canton. Si une autre solution est trouvée, notamment une meilleure valorisation des déchets, «l'Etat de Genève interrompra le processus de recherche d'un site de stockage sur sol genevois». Et si ce n’est pas le cas? «Ma foi, le Canton devra trancher, prévient le président du Conseil d’Etat, et nous devrons peut-être en passer par une votation.»

La saga des mâchefers

Le stockage des déchets issus de l’incinération des ordures a mobilisé population et politiques, ces dernières années. Avec la saturation imminente de la décharge de Châtillon, l’Etat avait cherché des alternatives ailleurs dans le canton. Résultat: colère noire des riverains, fronde des communes, pétitions munies de milliers de signatures et motion des députés. Au printemps 2018, les projets de stockage à ciel ouvert ont été gelés, en attendant des jours meilleurs.


*Le mâchefer est le résidu solide des déchets incinérés. Il est composé de minéraux (pierre, verre, etc.), de métaux (ferraille, boîtes de conserve, etc.), ou encore de cendres (bois, papier, etc.).

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Source : David Ramseyer, 20min.ch, 2/09/2020

 
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